Avec les légionnaires français en Afghanistan


Par Renaud Girard*

Reportage – Depuis leur fort, qui surplombe la route stratégique Kaboul-Jalalabad, les soldats français ont réussi à établir un haut niveau de sécurité dans la région où dix marsouins périrent dans une embuscade, il y a un an.

Pour sa première visite aux légionnaires français qui tiennent, entre autres, le débouché de la célèbre vallée d’Ouzbin, le député Thierry Mariani a eu de la chance. Sous un ciel d’un bleu limpide, le nouveau représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan a pu d’abord constater le haut niveau de sécurité que l’armée française a réussi à établir dans cette vallée où eut lieu, il y a un an, l’embuscade meurtrière qui tua 10 marsouins du 8e Rima. Aux élections du 20 août dernier, la participation y dépassa un taux de 70 %.

Frustrés par le succès de ce scrutin «impie» et désireux de montrer qu’ils étaient toujours présents sur la zone, une poignée de talibans a, dans la nuit de samedi à dimanche, harcelé, de loin, le poste avancé de la légion étrangère dans la vallée, tenu par la 2e compagnie du 2e REI (Régiment étranger d’infanterie, de Nîmes). La riposte – coordonnée, grâce à un système d’information numérisé de l’espace de bataille par le lieutenant-colonel Youchtchenko, chef du bureau des opérations du fort de Tora – ne se fit pas attendre : tirs d’obus éclairants et de mortiers, et envoi immédiat, sur le point sensible de la vallée d’où provenaient les tirs hostiles, de deux hélicoptères d’attaque Tigre, appareils français ultramodernes, aptes au vol et au mitraillage de nuit. Les insurgés se replièrent aussitôt. Les Français disposent désormais d’une telle puissance de feu et d’une telle connaissance du terrain, qu’une embuscade comme celle d’août 2008 serait aujourd’hui clairement impossible.


À la pointe de la guerre moderne

Entouré d’une épaisse mu­raille de gabions, le fort militaire français de Tora, surplombant la bourgade de Surobi et la route stratégique Kaboul-Jalalabad, re­présente le cœur de la «Task force Dragon» de l’Otan, baptisée ainsi en souvenir du dragon rouge de l’Annam qui ornait l’insigne du 2e REI jusqu’à la fin de la guerre d’Indochine. Les 420 soldats français qui y servent (aujourd’hui, principalement, les légionnaires du 2e REI, pour une rotation de six mois, lesquels remplacèrent, le 4 juillet, les chasseurs-alpins du 27e BCA d’Annecy), y vivent dans un confort spartiate, couchant sous la tente sur des lits Picot – en attendant que le génie ait achevé ses baraques en brique, climatisées. Mais, sous l’angle de son armement, Tora est à la pointe de la guerre moderne. Deux canons de 155 mm montés sur camions (dont les obus, guidés par radar, ont une portée de 40 km) assurent une force de frappe capable de dissuader tout rassemblement hostile de talibans. Des drones d’observation Harfang (du nom d’une chouette capable de voir aussi bien le jour que la nuit) peuvent être catapultés à tout moment, afin de vérifier un renseignement d’origine humaine, de détecter un mouvement de troupes hostiles ou d’assurer de haut une vision du champ de bataille pour les sections en progression.


Les trois phases d’une stratégie

Dimanche à l’aube, derrière le général Druart (chef du corps expéditionnaire français en Afghanistan) coiffé de sa «tarte» de chasseur-alpin, nous escaladâmes le piton rocheux dominant le fort de Tora, qui, par sa forme, rappelle aux légionnaires la Sainte-Victoire d’Aix-en-Provence. Faute d’avoir pris la précaution de tenir ce piton, une quarantaine de soldats de l’Armée rouge basés à Tora à la fin des années 1980 y furent tous massacrés : ils furent un beau matin pris sous le feu d’une mitrailleuse lourde douchka qui avait été montée pendant la nuit, et ils ne purent empêcher la progression parallèle de deux cents moudjahidins le long du talweg entourant le fort de Tora. Panorama à couper le souffle dans ce cirque de montagnes mauves : au nord, on voit se former la vallée de Tageb (non encore complètement sécurisée par les Américains) et sa parallèle, la vallée d’Ouzbin. Au sud-est, c’est la vallée de Djegdaleg, jadis célèbre pour ses mines de rubis.

Praticien renommé de la guerre asymétrique, le patron de Dragon, le colonel Durieux, chef de corps du 2e REI, nous expose sa stratégie, articulée en trois phases : «Capitaliser sur les zones déjà stables ; créer peu à peu de nouveaux îlots de stabilité ; assurer les trois pôles de l’aide à la sécurité, au développement, et à la gouvernance.»

La sécurité ? «Il faut montrer sa force, pour ne pas avoir à l’utiliser.» Le développement ? «Des promesses limitées, mais toujours strictement tenues.» La gouvernance ? «Soutenir les institutions étatiques locales, tout en préservant les structures de concertation traditionnelles (maliks et chouras des anciens)». C’est beau et simple comme du Lyautey, mais ça marche.


*Renaud Girard, jornaliste français, envoyé spécial au fort militaire de Tora (à 70 km à l’est de Kaboul)


Source

1. Le Figaro

This entry was posted in World. Bookmark the permalink.

One Response to Avec les légionnaires français en Afghanistan

  1. claude.hericotte says:

    aucun

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s