Les rêveries arabes d’Obama


Par Caroline B. Glick*

Le Président américain Barack Obama se prétend attaché à dire toujours la vérité. Dans les interviews qui ont précédé son voyage en Arabie Saoudite et en Egypte et dans son long discours prononcé jeudi au Caire, il a affirmé que la pièce maîtresse de sa politique proche-orientale était sa volonté de dire aux gens les vérités les plus dures. Dans sa prétendue allocution au monde musulman, Obama a même fait référence, à trois reprises, à la nécessité de dire la vérité.

Malheureusement, pour un discours annoncé comme une manifestation de franchise, cette allocution d’Obama n’aura pas été à la hauteur. Loin d’exprimer des vérités crues, Obama n’a fait preuve que de convenance politique.

Les prétendues vérités adressées par Obama au monde musulman ont pris la forme de déclarations concernant la nécessité de combattre ce que l’on appelle les extrémistes, d’accorder aux femmes l’égalité en droit, d’assurer la liberté de religion et de promouvoir la démocratie. Malheureusement, dans tout ce qu’il a pu dire sur ces questions, il n’y a rien eu de plus que des déclarations abstraites et théoriques, sans application politique.

Obama a parlé de la nécessité de combattre les terroristes musulmans, sans mentionner le fait que leurs infrastructures et leurs soutiens intellectuels, politiques et monétaires provenaient de ces mêmes mosquées, de ces mêmes dirigeants politiques et de ces mêmes régimes saoudien et égyptien, dont il vante la modération et le sens des responsabilités.

Il a parlé de la nécessité d’accorder l’égalité aux femmes, sans faire mention de ces pratiques musulmanes courantes que sont les “crimes d’honneur” et les mutilations génitales féminines. Il a ignoré le fait que partout en terre d’islam, les droits fondamentaux et les droits de l’homme étaient refusés aux femmes. Enfin, il a pondéré ses déclarations en ajoutant, de façon fallacieuse, qu’aux États-Unis, les femmes étaient victimes du même manque d’égalité. En traitant le sujet de la sorte, Obama a fait savoir qu’il se souciait comme d’une guigne de l’oppression des femmes dans le monde musulman.

De même, Obama a parlé de liberté religieuse, tout en fermant les yeux sur l’apartheid religieux en Arabie Saoudite. Il a évoqué les bienfaits de la démocratie, tout en faisant abstraction des problèmes qu’engendre la dictature.

En résumé, Dans son “parler vrai” à l’adresse du monde arabe, après avoir commencé par prétendre mensongèrement que, comme l’Amérique, l’islam cultivait “la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de tout être humain”, Obama a été sciemment et fondamentalement malhonnête. Par cette malhonnêteté, il a entrepris de placer le monde musulman sur un pied d’égalité morale avec le monde libre.

De manière analogue, dans ses “vérités” crues à propos d’Israël, Obama a usé de malhonnêteté factuelle et morale pour servir des objectifs politiques.

Au premier abord, Obama a paru reprocher au monde musulman son négationnisme généralisé et son antisémitisme veule. En condamnant le négationnisme et l’antisémitisme, il a semblé confirmer sa déclaration antérieure, selon laquelle les liens de l’Amérique avec Israël étaient “inaltérables”.

Malheureusement, une analyse attentive de ses déclarations montre qu’Obama adopte bel et bien le point de vue des Arabes, selon lequel Israël serait un élément étranger — et donc injustifiable — dans le monde arabe. En réalité, loin de dénoncer leur refus d’accepter Israël, Obama le légitime.

L’argument fondamental que les Arabes utilisent contre Israël est que la seule raison de sa création aurait été d’apaiser la mauvaise conscience des Européens après la Shoah. Selon leurs dires, les Juifs n’auraient aucun droit sur la Terre d’Israël du point de vue légal, historique et moral.

Or, cet argument est complètement faux. La communauté internationale a reconnu les droits légaux, historiques et moraux du peuple juif sur la Terre d’Israël bien avant que quiconque ait jamais entendu parler d’Adolf Hitler. En 1922, la Société des Nations avait mandaté la “reconstitution” – et non la création – du foyer national juif sur la Terre d’Israël dans ses frontières historiques sur les deux rives du Jourdain.

Cependant, dans ce qu’il présentait lui-même comme un exemple de parler-vrai, Obama a ignoré cette vérité fondamentale au profit du mensonge arabe. Il a donné du crédit à son mensonge en déclarant, hors de propos, que “l’aspiration à un territoire juif est ancrée dans un passé tragique”. Il a ensuite lié de façon explicite la création de l’État d’Israël à la Shoah, en formulant une leçon d’histoire intéressée sur le génocide des Juifs d’Europe.

Pire encore que son aveuglement délibéré vis-à-vis des justifications historiques, légales et morales de la renaissance d’Israël, il y a la manière dont Obama a évoqué Israël même. De façon odieuse et mensongère, Obama a allègrement comparé la manière dont Israël traite les Palestiniens à celle dont les esclavagistes blancs, en Amérique, traitaient leurs esclaves noirs. De même, il a assimilé les terroristes palestiniens à la catégorie, moralement pure, des esclaves. De façon plus ignoble encore, en utilisant le terme de “résistance”, euphémisme arabe pour désigner le terrorisme palestinien, Obama a conféré à celui-ci la grandeur morale des révoltes des esclaves et du mouvement des droits civiques.

Cependant, aussi décevante et franchement obscène qu’ait pu être la rhétorique d’Obama, les orientations politiques qu’il a définies sont bien pires encore. Tout en bavassant sur l’idée que l’islam et l’Amérique seraient les deux faces d’une même pièce, Obama a annoncé deux mesures. Tout d’abord, il a déclaré qu’il allait obliger Israël à cesser complètement toute construction pour les Juifs en Judée, en Samarie et dans les parties est, nord-est et sud-est de Jérusalem. Ensuite, il a déclaré qu’il allait d’efforcer de convaincre l’Iran d’échanger son programme d’armement atomique contre un programme d’énergie nucléaire.

Obama a affirmé que la première de ces deux mesures allait permettre la paix et que la seconde allait empêcher l’Iran d’acquérir des armes atomiques. Néanmoins, si l’on y réfléchit, il est clair qu’aucune de ces mesures ne saurait aboutir à l’objectif évoqué. En fait, l’impossibilité d’atteindre, par ces mesures, les objectifs au nom desquels il prétend les avoir adoptées est tellement évidente, qu’il convient de chercher à comprendre quelles peuvent être les véritables raisons de leur adoption.

La politique de l’administration américaine vis-à-vis des constructions juives au cœur d’Israël et dans sa capitale reflète une hostilité considérable à l’égard d’Israël. Non seulement elle fait fi des engagements explicites pris par l’administration Bush vis-à-vis d’Israël, mais elle est en contradiction avec un accord de longue date entre les gouvernements israéliens et américains successifs, consistant à s’abstenir mutuellement de causer du tort à l’autre partie.

Qui plus est, le fait que l’administration américaine ne puisse pas s’empêcher d’attaquer Israël sur les constructions juives à Jérusalem, en Judée et en Samarie tout en ne trouvant rien à redire au projet du Hezbollah de prendre le pouvoir au Liban la semaine prochaine, ni au consensus génocidaire du Hamas, ni à l’implication du Fatah dans le terrorisme, ni aux liens entre la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie, ne peut qu’être lourd de conséquences pour les perspectives de paix dans la région.

Comme l’a exprimé clairement Mahmoud Abbas, le chef du Fatah, dans une interview accordée au Washington Post la semaine dernière, à la lumière de l’hostilité de l’administration américaine envers Israël, l’Autorité palestinienne n’estime plus nécessaire de faire la moindre concession d’aucune sorte à Israël.

Elle n’a nul besoin d’accepter de reconnaître Israël comme un État juif.

– Elle n’a nul besoin de revenir sur son exigence de voir Israël commettre un suicide démographique en acceptant d’accorder la pleine citoyenneté à des millions d’Arabes étrangers et hostiles.

– Elle n’a pas besoin non plus de réduire ses exigences territoriales, selon lesquelles Israël devrait être contenu dans des frontières indéfendables.

En résumé, en s’en prenant à Israël et en prétendant qu’Israël est responsable de l’absence de paix, l’administration américaine encourage les Palestiniens et l’ensemble du monde arabe à continuer de rejeter Israël et de refuser de faire la paix avec l’État juif.

Il semble que le gouvernement de Netanyahu craigne qu’Obama et ses conseillers n’aient monté en épingle la question des implantations que pour chercher à le renverser, afin de le remplacer par le parti Kadima, plus malléable. Des sources gouvernementales font remarquer que le chef de cabinet de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel, lorsqu’il était conseiller du président Bill Clinton, avait joué un rôle de premier plan dans la déstabilisation du premier gouvernement de Netanyahu en 1999. Elles font remarquer également que Rahm Emmanuel s’efforce actuellement, conjointement avec des Israéliens de gauche, liés au parti Kadima, et des Juifs américains liés au parti démocrate, de discréditer le gouvernement israélien.

S’il ne fait aucun doute que l’administration Obama préférerait voir un gouvernement de gauche à Jérusalem, il est cependant peu probable que ce soit là le principal objectif des attaques de la Maison blanche contre Israël. C’est en premier lieu parce qu’aujourd’hui, il y a peu de risque que les partenaires de la coalition abandonnent Netanyahu.

Par ailleurs, les Américains n’ont aucune raison de croire que les perspectives d’un accord de paix s’amélioreraient avec un gouvernement de gauche à Jérusalem. En effet, malgré tous ses efforts, le gouvernement Kadima n’a pas été capable de faire la paix avec les Palestiniens, pas davantage que le gouvernement travailliste qui l’avait précédé. Ce que les Palestiniens n’ont jamais cessé de montrer depuis l’échec du sommet de Camp David en 2000, c’est qu’ils n’accepteront jamais aucune offre qu’Israël pourrait leur proposer.

L’objectif de l’administration américaine, en s’en prenant à Israël, n’est donc ni d’avancer vers la paix, ni de faire tomber le gouvernement Netanyahu. Mais alors, comment expliquer une telle attitude ?

La seule explication vraisemblable, c’est que l’administration américaine compte abandonner l’État juif, jusqu’ici son allié, au profit de liens plus chaleureux avec les Arabes. Elle a choisi d’attaquer Israël sur la question des constructions juives parce qu’elle considère qu’en se focalisant sur cette question, elle minimisera le prix qu’elle sera obligée de payer chez elle pour avoir brisé l’alliance entre les États-Unis et Israël. En faisant croire qu’il ne fait pression sur Israël que pour permettre une solution pacifique, la “solution des deux États”, Obama escompte parvenir à conserver sa base électorale chez les Juifs américains, qui ne s’apercevront pas de l’hostilité que dissimule sa position “pro-paix”.

La politique d’Obama vis-à-vis de l’Iran est le complément logique de sa politique à l’égard d’Israël. De même qu’il n’a aucune chance de faire progresser la paix au Proche-Orient en s’attaquant à Israël, ce n’est pas en proposant l’énergie nucléaire aux mollahs qu’il empêchera l’Iran d’acquérir un armement atomique. Le marché qu’Obama propose aujourd’hui à l’Iran est déjà sur la table depuis 2003, quand le programme nucléaire iranien a été dévoilé pour la première fois. Depuis six ans, les Iraniens l’ont toujours rejeté. La semaine dernière encore, ils ont annoncé une nouvelle fois qu’ils le rejetaient.

Là encore, pour comprendre quel est le véritable objectif du président américain, c’est du côté des États-Unis qu’il faut chercher les réponses. Sachant qu’avec une telle politique, Obama n’a aucune chance d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, il est évident qu’en réalité, il a accepté la perspective d’un Iran nucléarisé. Sous cet éclairage, l’explication la plus cohérente de sa politique d’engagement de l’Iran est qu’il désire éviter d’être critiqué lorsque l’Iran fera son apparition comme puissance nucléaire dans les mois à venir.

Pour savoir à quoi s’en tenir avec l’administration Obama, il est impératif que le gouvernement Netanyahu et le public comprennent quels sont les véritables objectifs de sa politique actuelle. Heureusement, comme les sondages le montrent encore et toujours, dans leur écrasante majorité, les Israéliens se rendent compte que la Maison blanche est profondément hostile à Israël. Les statistiques montrent aussi que l’opinion publique approuve la façon dont Netanyahu gère les relations avec Washington.

Pour aller de l’avant, le gouvernement [israélien] doit entretenir cette prise de conscience et ce soutien du public. Par ses discours comme par ses actes, Obama n’a pas seulement montré qu’il n’était pas un ami d’Israël. Il a aussi montré que rien de ce qu’Israël pourrait faire ne le ferait jamais changer d’avis.


* Caroline Glick, sociologue, maître dans politique publique, l’ancien capitaine de les Forces de Défense Israéliennes, chroniqueur, commentateus, journaliste, écrivain…


Notes

1. Texte anglais original – “Obama’s Arabian dreams

2. Publié en français – Debriefing Org

3. Traduction française – Marcoroz


Note du traducteur français

J’ai souvent, par le passé, taquiné Mme Glick pour le pessimiste de ses analyses, même quand il n’était pas totalement injustifié. Aujourd’hui, je m’en garderai bien. Je partage l’essentiel de ses analyses, et je ne cache pas que le changement radical d’attitude de la Maison Blanche à l’égard d’Israël me paraît dicté par une hostilité ou un parti pris résultant d’une grave erreur d’appréciation de la situation et des rapports de force au Proche-Orient. Il est visible que M. Obama ne perçoit pas du tout la détresse existentielle de l’Etat Juif face au caractère intraitable du refus palestinien de la moindre concession, ou, s’il l’a perçue, qu’il a décidé de passer outre pour des motifs stratégiques supérieurs dont il paraît clair qu’Israël fera les frais, sous peine, en cas de rébellion, d’un lâchage partiel voire total de l’Etat Juif par les Etats-Unis. Caroline Glick a donc raison d’exposer crûment son scandale du cynisme de M. Obama, et d’encourager le gouvernement israélien à tenir tête à ce “nouveau roi venu au pouvoir… et qui n’a pas connu Joseph” (Ex 1, 8). Elle corrobore, dans son style propre, les féroces critiques de Charles Krauthammer [*]. Et quand ces deux-là sont à l’unisson, il y a péril en la demeure. Dieu ait pitié d’Israël ! Je réitère ici à Marcoroz ma profonde appréciation pour la somme de travail et de talent qu’il a investie dans cette longue traduction. (Menahem Macina).

[*] Voir “Le Mythe des implantations“.

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