Le nez et l’amour


Par Daniel Gorelick*


L’origine biologique de l’amour

Les derniers travaux de recherche effectués sur le rôle de l’odorat dans l’amour et l’attirance – notamment ceux relatifs aux réactions cérébrales similaires enregistrées chez les personnes qui sont intensément amoureuses, à une variation génétique qui détermine si la personne perçoit une odeur comme agréable ou désagréable et à une souris femelle qui adopte un comportement masculin du fait d’un odorat anormal – ont fait l’objet de discussions animées lors du Congrès annuel de la Société des neurosciences qui a eu lieu à la fin de l’année 2008.

Des scientifiques du monde entier tentent en effet de comprendre les mécanismes cellulaires qui sous-tendent des comportements complexes tels que la conquête amoureuse, ajoutant ainsi leurs résultats aux travaux de recherche visant à savoir comment les émotions affectent l’activité du cerveau. Nombre de ces travaux montrent que l’odorat est intimement lié aux émotions tant positives que négatives.

“Le cerveau analyse le monde en utilisant toutes les informations disponibles, y compris les sens et les expériences mémorisées. En évaluant cette information, le cerveau fait des jugements qui se manifestent par des émotions telles que l’amour ou la colère”, a déclaré Mme Leslie Griffith, professeure de biologie à l’université Brandeis (Massachusetts).

Le congrès annuel de la Société des neurosciences a attiré à Washington plus de 31.000 personnes venues du monde entier pour discuter les dernières découvertes réalisées dans la recherche sur le cerveau.


L’amour universel

Les chercheurs divisent l’amour en plusieurs phases telles que les sentiments intenses, et souvent éphémères, de désir et d’attirance ressentis au début de la relation et l’attachement à long terme qui facilite la durée de la relation. Comment la fonction cérébrale diffère-t-elle à chacune de ces phases de l’amour ? L’amour romantique peut-il durer ?

“La réponse rapide est oui”, a déclaré Mme Helen Fisher, anthropologue de l’université Rutgers (New Jersey), lors de la présentation de ses travaux au congrès.

Mme Fisher et ses collègues ont utilisé la technologie de l’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle pour étudier le cerveau de 10 femmes et de 7 hommes qui affirmaient être “follement amoureux” de leur conjoint après une moyenne de 21 années de mariage. Ils ont montré aux participants des photographies de leur conjoint, d’une personne inconnue, d’un ami proche ou d’un membre de la famille, pendant qu’ils observaient les zones du cerveau qui étaient activées.

Les personnes qui étaient intensément amoureuses après de nombreuses années de vie commune avaient une réaction cérébrale à la vue de la photographie de leur partenaire semblable à celle de jeunes amoureux, a déclaré Mme Fisher.

Ces résultats montrent que, chez certaines personnes, l’amour de longue durée ressemble aux premières phases de l’amour romantique.

Seulement 3% des animaux entretiennent des relations durables entre couples, a-t-elle souligné. “La création de couples est l’apanage de l’animal humain. Dans l’amour durable, l’obsession, la manie et l’anxiété sont remplacées par le calme.”

On sait que des facteurs sociaux et culturels ont un effet sur les relations amoureuses mais, selon Mme Fisher, l’amour romantique dure longtemps dans de nombreuses sociétés. Une enquête réalisée plus tôt en Chine a donné des résultats semblables.

“L’amour n’a pas été inventé par les troubadours”, a-t-elle fait remarquer.

De futurs travaux viseront à examiner les diverses régions du cerveau masculin et du cerveau féminin qui sont activées durant l’amour.


Le sexe a une odeur

Les phéromones sont des substances chimiques secrétées par un animal pour influencer le comportement d’un second animal, souvent au moyen de l’odorat.

Dans le cas de l’androstérone, phéromone utilisée par le cochon pour l’accouplement et qui est présente dans la salive, la transpiration et l’urine humaines, certaines personnes décrivent son odeur comme douce, alors que d’autres la perçoivent comme écourante.

Le professeur Hiroaki Matsunami, de l’université Duke (Caroline du Nord) et ses collègues ont a découvert une variation génétique responsable de ce paradoxe olfactif. Il ont trouvé dans le nez une protéine, OR7D4, qui est sélectivement activée par l’androstérone. Une version de l’OR7D4, le type RT, se comporte normalement, mais une seconde, le type WM, ne lie pas facilement l’androstérone. Chaque individu a deux copies de la protéine OR7D4. Dans l’étude, les gens qui avaient deux types de RT ont trouvé l’odeur déplaisante, la comparant souvent à de l’urine. Quant à ceux qui avaient deux types WM, ou un type WM et un type RT, ils ont comparé cette odeur à celle de la vanille.

Ce nouveau lien établi entre des variations génétiques et la perception des odeurs permettra aux scientifiques de mieux comprendre comment fonctionnent les phéromones chez l’homme.

Lors des travaux réalisés chez la souris, une postdoc française, Mme Catherine Dulac, et une postdoc israélienne, Mme Tali Kimchi, de l’université Harvard ont montré que la détection des phéromones était essentielle à un comportement sexuel normal.

La souris possède un odorat beaucoup plus sensible que celui de l’être humain, en partie parce qu’elle est dotée d’une seconde région olfactive vouée uniquement à la réaction aux phéromones. Cette région est anatomiquement distincte de la principale région olfactive.

Les deux scientifiques ont eu recours au génie génétique pour créer une souris dans laquelle la seconde région olfactive du cerveau était bloquée. Cette souris mutante a adopté un comportement masculin à l’égard des souris des deux sexes.

Les mâles mutants, par ailleurs, ont adopté à l’égard des souriceaux un comportement protecteur qui est plus typique des femelles. Les mâles inexpérimentés tuent en effet généralement les souriceaux, mais les mutants dans ce cas-ci ont construit un nid et les ont placés dedans.

De nombreux scientifiques cherchent à savoir comment les stéroïdes sexuels, notamment l’estrogène et la testostérone, influencent le comportement sexuel. Les résultats récemment obtenus par les deux scientifiques de Harvard laissent à penser que le système olfactif joue à cet égard un rôle plus important qu’on ne le supposait.


* Daniel Gorelick, Rédacteur de Terredisrael


Source

1. Terre D’Israel

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