Archéologie – Les faux martyrs de Rome


Par Frédéric Lewino *

A Rome, tous les coups de pioche mènent à l’Antiquité. En 2002, des ouvriers creusent le sol sur l’antique via Labicana pour accéder à une fuite d’eau. Ils tombent sur une paroi couverte d’une peinture du VIe siècle à la gloire de martyrs chrétiens. Comme nous sommes au coeur des catacombes Saints-Pierre-et-Marcellin, propriété du Vatican, la commission pontificale de l’archéologie sacrée accourt. Elle découvre plusieurs petites pièces bourrées de milliers de squelettes encastrés les uns dans les autres. Des martyrs chrétiens ? Des victimes d’une épidémie ? Pour mener ces fouilles, la commission sollicite, en 2005, l’Inrap et Domi-nique Castex, anthropologue spécialiste des crises de mortalité au CNRS. Aujourd’hui, elle tire un premier bilan. Allongée sur une planche placée 20 centimètres au-dessus des squelettes, elle désigne une auréole blanche autour d’un crâne. “C’est du plâtre. Les défunts faisaient-ils l’objet d’une momification rudimentaire ? On a trouvé de la poudre d’ambre et des fils d’or provenant probablement des vêtements. Ces gens pourraient appartenir à une classe aisée.”

Les ossements ne montrent pas de signe de violence et la datation donne une fourchette entre 28 et 132 de notre ère, avant l’époque où les chrétiens se faisaient enterrer dans des catacombes. Il ne s’agit donc pas de martyrs. « L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agit des victimes d’épidémies, récurrentes à Rome à cette époque. Le typhus ? Le choléra ? Les analyses ADN nous en diront plus. “Accouru pour découvrir cette curiosité, Jean Guyon, grand spécialiste de l’archéologie chrétienne, confirme: “La notion de martyrs chrétiens enterrés en secret dans les catacombes est une invention sans fondement. C’est seulement à partir de l’an 250 que la communauté chrétienne se met à acquérir des terrains pour ses morts. Les plus riches occupent la surface et les autres investissent le sous-sol, truffé de vieilles carrières ou de citernes autrefois consacrées à l’irrigation.”


*Frédéric Lewino, journaliste international au magasin hebdomadaire le point où il est spécialisé dans les questions de l’environnement et des sciences.

Source

1. Le Point

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